Santé environnementale

Ce que votre sol
et votre air
contiennent vraiment.

Hydrocarbures dans les nappes, métaux lourds dans les terres agricoles, émissions industrielles dans l'air ambiant. Ces pollutions ne se voient pas, n'ont pas d'odeur, ne déclenchent pas d'alerte. Elles s'accumulent, et leur présence dépend largement de l'histoire industrielle et géologique de votre commune.

Santé publique FranceIREP · GéorisquesGisSol · ANSESMai 2026

En France, plus de 7 000 sites industriels classés ICPErejettent chaque année des substances dans l'air, les eaux et les sols environnants. À côté de ces rejets mesurés et déclarés, des milliers d'anciens sites industriels laissent des héritages invisibles dans les terrains qui les ont remplacés : parkings, zones pavillonnaires, jardins. La pollution ne disparaît pas avec les cheminées.

Ce n'est pas une question abstraite de politiques publiques. C'est une question de territoire. Deux communes distantes de dix kilomètres peuvent avoir des profils de pollution radicalement différents selon ce qui s'y est construit, extrait ou fabriqué au cours du siècle passé.

Ce qui se trouve dans les sols

Les sols sont des archives. Ils gardent la trace de ce qui a été épandu, déversé ou accidentellement répandu pendant des décennies. Contrairement à l'air ou à l'eau, ils ne se régénèrent pas spontanément. Un sol contaminé en 1970 l'est encore en 2026, souvent sans que les habitants actuels le sachent.

Les métaux lourds

Le cadmium, le plomb, l'arsenic, le mercure et le zinc sont présents naturellement dans certains types de roches, mais leurs concentrations peuvent être fortement amplifiées par l'activité humaine. Les zones ayant accueilli des fonderies, des tanneries, des mines ou une agriculture intensive aux engrais phosphatés présentent souvent des teneurs supérieures aux valeurs de référence nationales.

Le plomb est particulièrement documenté dans les sols urbains anciens. Les peintures au plomb, les carburants plombés utilisés jusqu'en 2000 et les anciennes canalisations ont laissé des dépôts persistants, notamment dans les jardins de centre-ville et les espaces verts des quartiers anciens. Source : BRGM, cartographie des sols urbains

L'arsenic est présent à des concentrations préoccupantes dans les communes ayant accueilli des industries du verre, des arsenicières ou des traitements du bois. Certaines zones viticoles du Languedoc et du Bordelais présentent également des teneurs élevées liées à l'usage historique de pesticides arsenicaux. Source : GisSol · ADEME

4 400
sites et sols pollués ou potentiellement pollués recensés dans la base nationale Basias/Basol, dont une large part sous des zones aujourd'hui résidentielles ou agricoles.
Source : Ministère de la Transition écologique · Géorisques 2025

Les hydrocarbures

Les hydrocarbures — pétrole, gazole, huiles usagées — contaminent les sols à la faveur de fuites de cuves enterrées, d'accidents de transport ou de déversements industriels. Les anciennes stations-service, dépôts de carburant et garages mécaniques sont les sources les plus courantes de contamination résiduelle. La présence de ces composés dans un sol ne se détecte ni à l'odeur ni à la vue dans les concentrations habituellement rencontrées.

Certains hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), comme le benzo[a]pyrène, sont classés cancérogènes certains pour l'homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Leur présence dans les sols d'anciens sites industriels est fréquente et bien documentée. Source : CIRC · ANSES

Les solvants chlorés

Le trichloréthylène et le tétrachloréthylène ont été massivement utilisés dans les industries du nettoyage, de l'électronique et de la métallurgie. Ces composés migrent facilement vers les nappes phréatiques, ce qui les rend difficiles à confiner une fois déversés. Plusieurs communes en France ont fait l'objet de mesures de restriction d'usage des eaux souterraines suite à la détection de ces molécules dans les captages d'eau potable. Source : BRGM · ARS

Ce qui se trouve dans l'air

La qualité de l'air est mieux surveillée que la qualité des sols. Les réseaux ATMO mesurent en continu les principaux polluants dans les grandes agglomérations. Mais la surveillance a des limites géographiques et des angles morts : elle ne couvre pas systématiquement les zones péri-urbaines et rurales proches d'installations industrielles isolées.

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Émissions industrielles déclarées
Les installations classées ICPE déclarent annuellement leurs rejets dans l'air via le registre IREP. Dioxines, métaux lourds, composés organiques volatils, particules fines. Toutes les communes dans un rayon de plusieurs kilomètres d'une telle installation sont potentiellement concernées.
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Trafic et combustion
Le NO₂ et les particules fines issues du trafic routier sont les polluants les plus documentés en termes d'impact sanitaire. Les axes à fort trafic génèrent des expositions chroniques dans un rayon de 150 à 300 mètres. Les populations qui vivent à proximité de rocades ou d'autoroutes sont structurellement plus exposées.
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Agriculture et pesticides
Les produits phytosanitaires appliqués sur les cultures se retrouvent dans l'air ambiant par volatilisation et dérive. Les riverains de zones agricoles intensives, notamment viticoles ou maraîchères, sont exposés à des mélanges de substances dont les effets combinés sont encore peu étudiés.
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Incinération et chauffage
Les unités d'incinération d'ordures ménagères, les chaufferies au bois non normées et les épisodes de brûlage agricole génèrent des dioxines et des HAP. Ces émissions ponctuelles mais intenses peuvent dépasser les seuils réglementaires lors d'épisodes défavorables de dispersion atmosphérique.
SubstanceSource principaleVoie d'expositionEffet documentéClassement CIRC
Benzo[a]pyrène (HAP)Industrie, trafic, chauffage boisAir, sol, alimentationCancérogène pulmonaire, cutanéGroupe 1
PlombAnciens sites industriels, peintures, carburantsSol ingéré, poussièresNeurotoxique, développement enfantGroupe 1
ArsenicIndustries du verre, pesticides historiquesSol, eau, alimentationCancérogène peau, poumon, vessieGroupe 1
TrichloréthylèneNettoyage industriel, mécaniqueAir intérieur, eau souterraineCancérogène rénalGroupe 1
Dioxines / furanesIncinération, industrie chimiqueAir, alimentation (graisses)Perturbateur endocrinien, cancérogèneGroupe 1
CadmiumEngrais phosphatés, fonderiesAlimentation, inhalationCancérogène rénal et pulmonaireGroupe 1
NO₂ (dioxyde d'azote)Trafic routier, combustionAirAtteinte pulmonaire, développement enfantNon classé
PM2.5 (particules fines)Trafic, chauffage, industrieAirCardiovasculaire, pulmonaire, mortalitéGroupe 1
Solvants chlorésIndustrie électronique, nettoyage à secAir intérieur, eauHépatotoxique, neurotoxiqueGroupe 2A/2B

Pourquoi ces expositions dépendent de votre commune

La présence de ces substances dans votre environnement immédiat n'est pas uniforme sur le territoire français. Elle dépend de trois facteurs superposés : l'histoire industrielle locale, la géologie du sous-sol et les activités agricoles passées et présentes.

Une commune qui a accueilli une fonderie au XIXe siècle peut présenter des teneurs en métaux lourds durablement élevées dans ses sols, même si l'usine a disparu depuis soixante ans. Une commune en zone de grandes cultures intensives cumule des expositions aux pesticides et aux nitrates que ses voisines à dominante forestière n'ont pas. Une commune traversée par un axe autoroutier est structurellement plus exposée au NO₂ et aux PM2.5 qu'une commune rurale à faible trafic, même si leur indice ATMO annuel moyen est voisin.

38 %
des cours d'eau français présentaient en 2023 des dépassements de normes pour au moins un pesticide. La contamination des nappes phréatiques et des sols environnants suit une logique similaire dans les bassins agricoles intensifs.
Source : Agences de l'eau · Rapport sur l'état des eaux 2024

Ce que vous pouvez vérifier

Plusieurs bases de données publiques permettent de commencer à cartographier la situation de votre commune, sans expertise technique préalable.

Le registre IREP (Inspection des installations classées pour la protection de l'environnement) recense toutes les déclarations annuelles de rejets polluants des installations industrielles françaises, par commune et par substance. Vous pouvez y rechercher ce qu'une usine proche de chez vous déclare rejeter dans l'air ou dans l'eau. Ce registre ne couvre que les rejets déclarés et mesurés — il ne dit rien des pollutions héritées ou des émissions diffuses non mesurées. Consulter les installations sur Géorisques →

La base Basias recense les anciens sites industriels et de service susceptibles d'avoir engendré une pollution des sols. Elle ne garantit pas la présence d'une pollution, mais elle signale les zones de vigilance. La base Basol recense quant à elle les sites dont la pollution est avérée et fait l'objet d'une procédure administrative. Source : Géorisques · Ministère de la Transition écologique

Le réseau GisSol publie des cartographies des teneurs en métaux lourds des sols agricoles français à l'échelle départementale et régionale. Ces données permettent de situer votre commune dans son contexte géologique et agronomique. Source : GisSol · ADEME · INRAE

Ce que cela change pour votre vie quotidienne

Ces expositions ne provoquent pas de symptômes immédiats identifiables. Elles agissent dans la durée, par accumulation, à des niveaux que les études épidémiologiques ont progressivement associés à des effets sur la santé — développement neurologique des enfants, risques cardiovasculaires, cancers à long terme — sans qu'il soit possible d'établir un lien de causalité individuel.

Ce que cela change concrètement dépend de votre situation. Si vous avez un jardin potager en zone urbaine ancienne ou à proximité d'un ancien site industriel, une analyse de sol est utile avant de consommer ce que vous y cultivez. Si vous avez de jeunes enfants qui jouent dans des espaces extérieurs dans des zones potentiellement concernées, le lavage des mains et la limitation du contact avec la terre sont des gestes simples et documentés. Si vous êtes locataire ou propriétaire d'un biensitué sur ou à proximité d'un ancien site recensé dans Basol, vous avez le droit d'accéder aux études de diagnostic réalisées par les autorités.

150 m
c'est le rayon dans lequel les émissions atmosphériques d'une installation industrielle ont un impact mesurable et persistant sur la qualité de l'air ambiant, selon les études de modélisation de dispersion de l'INERIS. Au-delà, les concentrations diminuent rapidement mais restent mesurables jusqu'à plusieurs kilomètres pour certains polluants.
Source : INERIS · Modélisation de la dispersion atmosphérique

La question des seuils et de ce qu'ils ne disent pas

Les valeurs réglementaires qui définissent ce qui est "acceptable" ou "dangereux" sont des compromis entre protection sanitaire, faisabilité technique et intérêts économiques. Elles sont révisées à la hausse régulièrement à mesure que la recherche affine sa compréhension des effets chroniques à faible dose.

Il n'existe pas de seuil en dessous duquel une exposition est sans effet.C'est la position de l'OMS sur les particules fines PM2.5, du CIRC sur les cancérogènes du groupe 1, et de l'ANSES sur plusieurs métaux lourds. Ce que les seuils réglementaires garantissent, c'est l'absence d'effet aigu documenté à court terme, pas l'absence de tout risque sur une vie entière.

Cela ne signifie pas qu'il faut s'alarmer pour chaque substance détectée en trace. Cela signifie que la question pertinente n'est pas "est-ce conforme ?" mais "quelle est mon exposition cumulée, et que puis-je en réduire ?". C'est une question de territoire autant que de comportement individuel.

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Sources