Ce que votre sol
et votre air
contiennent vraiment.
Hydrocarbures dans les nappes, métaux lourds dans les terres agricoles, émissions industrielles dans l'air ambiant. Ces pollutions ne se voient pas, n'ont pas d'odeur, ne déclenchent pas d'alerte. Elles s'accumulent, et leur présence dépend largement de l'histoire industrielle et géologique de votre commune.
En France, plus de 7 000 sites industriels classés ICPErejettent chaque année des substances dans l'air, les eaux et les sols environnants. À côté de ces rejets mesurés et déclarés, des milliers d'anciens sites industriels laissent des héritages invisibles dans les terrains qui les ont remplacés : parkings, zones pavillonnaires, jardins. La pollution ne disparaît pas avec les cheminées.
Ce n'est pas une question abstraite de politiques publiques. C'est une question de territoire. Deux communes distantes de dix kilomètres peuvent avoir des profils de pollution radicalement différents selon ce qui s'y est construit, extrait ou fabriqué au cours du siècle passé.
Ce qui se trouve dans les sols
Les sols sont des archives. Ils gardent la trace de ce qui a été épandu, déversé ou accidentellement répandu pendant des décennies. Contrairement à l'air ou à l'eau, ils ne se régénèrent pas spontanément. Un sol contaminé en 1970 l'est encore en 2026, souvent sans que les habitants actuels le sachent.
Les métaux lourds
Le cadmium, le plomb, l'arsenic, le mercure et le zinc sont présents naturellement dans certains types de roches, mais leurs concentrations peuvent être fortement amplifiées par l'activité humaine. Les zones ayant accueilli des fonderies, des tanneries, des mines ou une agriculture intensive aux engrais phosphatés présentent souvent des teneurs supérieures aux valeurs de référence nationales.
Le plomb est particulièrement documenté dans les sols urbains anciens. Les peintures au plomb, les carburants plombés utilisés jusqu'en 2000 et les anciennes canalisations ont laissé des dépôts persistants, notamment dans les jardins de centre-ville et les espaces verts des quartiers anciens. Source : BRGM, cartographie des sols urbains
L'arsenic est présent à des concentrations préoccupantes dans les communes ayant accueilli des industries du verre, des arsenicières ou des traitements du bois. Certaines zones viticoles du Languedoc et du Bordelais présentent également des teneurs élevées liées à l'usage historique de pesticides arsenicaux. Source : GisSol · ADEME
Les hydrocarbures
Les hydrocarbures — pétrole, gazole, huiles usagées — contaminent les sols à la faveur de fuites de cuves enterrées, d'accidents de transport ou de déversements industriels. Les anciennes stations-service, dépôts de carburant et garages mécaniques sont les sources les plus courantes de contamination résiduelle. La présence de ces composés dans un sol ne se détecte ni à l'odeur ni à la vue dans les concentrations habituellement rencontrées.
Certains hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), comme le benzo[a]pyrène, sont classés cancérogènes certains pour l'homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Leur présence dans les sols d'anciens sites industriels est fréquente et bien documentée. Source : CIRC · ANSES
Les solvants chlorés
Le trichloréthylène et le tétrachloréthylène ont été massivement utilisés dans les industries du nettoyage, de l'électronique et de la métallurgie. Ces composés migrent facilement vers les nappes phréatiques, ce qui les rend difficiles à confiner une fois déversés. Plusieurs communes en France ont fait l'objet de mesures de restriction d'usage des eaux souterraines suite à la détection de ces molécules dans les captages d'eau potable. Source : BRGM · ARS
Ce qui se trouve dans l'air
La qualité de l'air est mieux surveillée que la qualité des sols. Les réseaux ATMO mesurent en continu les principaux polluants dans les grandes agglomérations. Mais la surveillance a des limites géographiques et des angles morts : elle ne couvre pas systématiquement les zones péri-urbaines et rurales proches d'installations industrielles isolées.
| Substance | Source principale | Voie d'exposition | Effet documenté | Classement CIRC |
|---|---|---|---|---|
| Benzo[a]pyrène (HAP) | Industrie, trafic, chauffage bois | Air, sol, alimentation | Cancérogène pulmonaire, cutané | Groupe 1 |
| Plomb | Anciens sites industriels, peintures, carburants | Sol ingéré, poussières | Neurotoxique, développement enfant | Groupe 1 |
| Arsenic | Industries du verre, pesticides historiques | Sol, eau, alimentation | Cancérogène peau, poumon, vessie | Groupe 1 |
| Trichloréthylène | Nettoyage industriel, mécanique | Air intérieur, eau souterraine | Cancérogène rénal | Groupe 1 |
| Dioxines / furanes | Incinération, industrie chimique | Air, alimentation (graisses) | Perturbateur endocrinien, cancérogène | Groupe 1 |
| Cadmium | Engrais phosphatés, fonderies | Alimentation, inhalation | Cancérogène rénal et pulmonaire | Groupe 1 |
| NO₂ (dioxyde d'azote) | Trafic routier, combustion | Air | Atteinte pulmonaire, développement enfant | Non classé |
| PM2.5 (particules fines) | Trafic, chauffage, industrie | Air | Cardiovasculaire, pulmonaire, mortalité | Groupe 1 |
| Solvants chlorés | Industrie électronique, nettoyage à sec | Air intérieur, eau | Hépatotoxique, neurotoxique | Groupe 2A/2B |
Pourquoi ces expositions dépendent de votre commune
La présence de ces substances dans votre environnement immédiat n'est pas uniforme sur le territoire français. Elle dépend de trois facteurs superposés : l'histoire industrielle locale, la géologie du sous-sol et les activités agricoles passées et présentes.
Une commune qui a accueilli une fonderie au XIXe siècle peut présenter des teneurs en métaux lourds durablement élevées dans ses sols, même si l'usine a disparu depuis soixante ans. Une commune en zone de grandes cultures intensives cumule des expositions aux pesticides et aux nitrates que ses voisines à dominante forestière n'ont pas. Une commune traversée par un axe autoroutier est structurellement plus exposée au NO₂ et aux PM2.5 qu'une commune rurale à faible trafic, même si leur indice ATMO annuel moyen est voisin.
Ce que vous pouvez vérifier
Plusieurs bases de données publiques permettent de commencer à cartographier la situation de votre commune, sans expertise technique préalable.
La base Basias recense les anciens sites industriels et de service susceptibles d'avoir engendré une pollution des sols. Elle ne garantit pas la présence d'une pollution, mais elle signale les zones de vigilance. La base Basol recense quant à elle les sites dont la pollution est avérée et fait l'objet d'une procédure administrative. Source : Géorisques · Ministère de la Transition écologique
Le réseau GisSol publie des cartographies des teneurs en métaux lourds des sols agricoles français à l'échelle départementale et régionale. Ces données permettent de situer votre commune dans son contexte géologique et agronomique. Source : GisSol · ADEME · INRAE
Ce que cela change pour votre vie quotidienne
Ces expositions ne provoquent pas de symptômes immédiats identifiables. Elles agissent dans la durée, par accumulation, à des niveaux que les études épidémiologiques ont progressivement associés à des effets sur la santé — développement neurologique des enfants, risques cardiovasculaires, cancers à long terme — sans qu'il soit possible d'établir un lien de causalité individuel.
Ce que cela change concrètement dépend de votre situation. Si vous avez un jardin potager en zone urbaine ancienne ou à proximité d'un ancien site industriel, une analyse de sol est utile avant de consommer ce que vous y cultivez. Si vous avez de jeunes enfants qui jouent dans des espaces extérieurs dans des zones potentiellement concernées, le lavage des mains et la limitation du contact avec la terre sont des gestes simples et documentés. Si vous êtes locataire ou propriétaire d'un biensitué sur ou à proximité d'un ancien site recensé dans Basol, vous avez le droit d'accéder aux études de diagnostic réalisées par les autorités.
La question des seuils et de ce qu'ils ne disent pas
Les valeurs réglementaires qui définissent ce qui est "acceptable" ou "dangereux" sont des compromis entre protection sanitaire, faisabilité technique et intérêts économiques. Elles sont révisées à la hausse régulièrement à mesure que la recherche affine sa compréhension des effets chroniques à faible dose.
Il n'existe pas de seuil en dessous duquel une exposition est sans effet.C'est la position de l'OMS sur les particules fines PM2.5, du CIRC sur les cancérogènes du groupe 1, et de l'ANSES sur plusieurs métaux lourds. Ce que les seuils réglementaires garantissent, c'est l'absence d'effet aigu documenté à court terme, pas l'absence de tout risque sur une vie entière.
Cela ne signifie pas qu'il faut s'alarmer pour chaque substance détectée en trace. Cela signifie que la question pertinente n'est pas "est-ce conforme ?" mais "quelle est mon exposition cumulée, et que puis-je en réduire ?". C'est une question de territoire autant que de comportement individuel.
Sources
- ANSESAgence nationale de sécurité sanitaire — avis et rapports sur les substances chimiques dans les sols et l'air. anses.fr
- CIRCCentre international de recherche sur le cancer — monographies sur les cancérogènes, groupes de classification 1 à 4. monographs.iarc.who.int
- IREPRegistre français des émissions polluantes — rejets déclarés par installation industrielle, par commune et par substance. georisques.gouv.fr
- GisSolGroupement d'intérêt scientifique sur les sols — cartographies des teneurs en métaux lourds des sols français. gissol.fr
- BRGMBureau de recherches géologiques et minières — base de données Basias et Basol sur les anciens sites industriels et les sites pollués. georisques.gouv.fr
- INERISInstitut national de l'environnement industriel et des risques — études de modélisation de la dispersion atmosphérique et valeurs guide de qualité de l'air. ineris.fr
- OMSOrganisation mondiale de la santé — lignes directrices sur la qualité de l'air, révision 2021. who.int
- Agences de l'eauRapport sur l'état des eaux 2024 — dépassements de normes pesticides dans les cours d'eau et les nappes phréatiques.